POSSESSION POINT (tango)

Dedans, à l’envers, sous la peau… là où le tracé des outrages devenait la nasse d’un réseau ferroviaire… est-ce que chacun des regards de mépris, de haine, de rejet se faisait marque, aussi ? Entaille, douleur ?

Est-ce qu’on s’y fait, un jour ? Est-ce qu’on apprend à composer avec le lacis de ces impasses, de nos anciennes routes transcontinentales effondrées ? Est-ce qu’on peut, une fois toutes les artères détruites, revenir sur nos pas ? Ou sommes-nous, comme tu le disais jadis, condamnés à tracer, droit devant, vers le gouffre qui nous attend, ouvrant toujours plus béantes ses mâchoires ?

Parfois, lorsque la nuit est tombée complètement, toujours trop tôt, toujours trop loin… je ne sais plus. Je ne vois plus la route. Je ne parviens pas à anticiper le matin.

C’est que je crie dans mes rêves, aussi, à présent.

C’est que je sais ce qu’on n’apprend que de l’intérieur. La raison des lignes de fuite, et des hémorragies coutumières. Qu’on ne peut pas s’en foutre, mais juste faire semblant d’en rire, bravache comme un torero.

Et aller au bout.

Possession est le premier roman que je sors après mon grand hiatus en Wanderlust, et l’accident qui me foudroya quelque peu, en 2010.

Je me suis souvent demandé à quel point cet AVC, et le très long travail de “reconquête du sylo” qui l’avait suivi, avaient pu altérer mon identité d’auteur.

Quelle part, dans certaines altérations de mon style, était due à une certaine (inévitable) “maturité”, et quelle part provenait directement de la recomposition de mes schémas neuronaux après l’incendie. C’est un objet d’étude un peu nombriliste, mais fascinant, en un sens. Au moment où ce crash advint, me privant instantanément de mes ‘dictionnaires (internes)’, de pans entiers d’un vocabulaire que j’ai toujours aimé chirurgical et précis, j’ai pu amplement mesurer mes priorités. Je me souviens avec un certain amusement de l’expression de ma neurologue quand je lui ai littéralement crié au visage que je me foutais du risque vital, mais voulais uniquement récupérer mon clavier. Pour un auteur, ne pas se reconnaître dans les lignes qu’il écrit est aussi étrange, perturbant, aliénant que de faire face à un étranger dans le miroir.

Les derniers mois de travail, tandis que je traçais droit sur les Highways de Possession Point, je n’y ai plus du tout pensé. Ces interrogations ne me sont revenues, en mode très auto-amusé, que lorsque j’avançais à très grande vitesse sur le roman que j’ai écrit immédiatement après la complétion de Possession. Et uniquement parce que je ne m’étais jamais montrée aussi… sociopathe et sarcastique à l’échelle d’un roman (et, entre nous, ce fut un grand moment de plaisir, et *j’adore* mon personnage — nous en reparlerons lorsque ce sera l’heure… c’est à dire avant la fin du mois, car ce monstre sort en mai).

En relisant dernièrement les textes de Musiques de la Frontière dont la réédition est programmée, j’en suis venue à la conclusion que non, mon accident n’avait au final pas eu grande incidence sur ce “style” (of mine) dont il est tant question. Mais la “maturité”, cela… oui, très probablement.

Les littératures de l’Imaginaire sont des masques de théâtre Nô. Des moyens, toujours, d’aborder de profil des problématiques très réelles. C’était déjà le rôle des contes, du théâtre antique, et de la mythologie. Rien de neuf sous le soleil 😉 Avec le temps, l’expérience, et un degré supérieur de sûreté de soi (peut-être), on ressent de moins en moins le besoin de ce masque. Au départ, par exemple, on fera entrer la part lumineuse inhérente à mon genre favori = la fantasy urbaine, par le bais du ‘merveilleux’, de la ‘magie’. Mais au fond, sous tous ces voiles, on sait très bien que la véritable lumière, tout comme la véritable noirceur, provient des êtres. Ce fut toujours, bien entendu le cas dans la séquence de Frontier, mais Possession pousse le principe, il me semble, un cran plus loin. De même que le ‘réalisme’ y est bien plus présent. Le roman se situe dans une période particulièrement sombre de l’histoire des fays, au moment où les regs durcissent le ton (et les lois les concernant).

Frontier, bien sûr, a toujours été un réquisitoire et un plaidoyer à la fois contre l’exclusion sous toutes ses formes. Plus je progresse dans cet univers, et moins je ressens de besoin de voiler mon sujet. Et Possession étant à la fois le prequel et le sequel de “vado Mori” il s’agit tout autant d’une histoire (d’amour) extrêmement passionnelle, obsessionnelle et au final… criminelle 😉 Ce motif était central (et radioactif !) dans Vado, et à l’échelle d’un roman… on va évidemment beaucoup plus loin dans les replis et méandres de cette addiction.

« Il y a un protocole ?

Tu as souri en secouant la tête, sans quitter la route des yeux.

Sois sincère. Ne mens pas à Ash. Il lira probablement tes pensées, de toute façon.

Oh. Quel âge a-t-il ?

Quel… âge ? Quel intérêt est-ce que cela peut bien avoir ?

Juste comme ça. S’il lit mes pensées… j’espère qu’il est blindé. » Tu m’as regardée avec stupéfaction, et un début de fou rire. J’ai ajouté : « Et majeur. »

Frontier est la fille de Seuil, mais, elle se situe, en terme d’esprit et d’époque, à des centaines de milliers de km de Seuil. La ‘couleur’ est donc aux antipodes de Vertigen, et d’une certaine façon (puisque rédigé par la ‘fausse reg’ Anis), à un certain nombre de bornes de certains textes de Musiques de la Frontière aussi. On ne s’attend pas à entendre Lugh ou Angharad ‘sortir une blague’… mais Fallen, lui, ne s’en prive pas 😉

Toutefois… vous verrez un jour qu’Angharad d’Hiver, si les circonstances s’y prêtent, n’est pas dénuée elle-même de beaucoup d’humour (mais dans son privé, évidemment, uniquement dans son privé !).

Je ne suis pas persuadée que les lecteurs qui prisent principalement, ou exclusivement, le monde hiératique et figé de Vertigen trouveront à apaiser ici une certaine…. fringale dont ils me parlent régulièrement. Toutefois, pan à pan et strate à strate, Vertigen doit faire son chemin vers Frontier. C’est là, n’en déplaise aux Parques, son Destin. Et alors, oui, vous verrez au moins Lugh, Nicnevin, et un certain nombre d’autres ‘raconter des blagues’.

What to expect ?

(expect ererything, don’t expect anything…)

ATTENTION (pour ceux qui n’aiment pas) présence possible de petits spoilers. 😉

Qui est là ? Toute la fameuse ‘bande’ rencontrée dans Musiques, à l’exception de ceux nés plus tardivement (Gift, etc.) et on en apprend davantage sur nombre d’entre eux, y compris certaines information pas piquées des vers sur qui était qui…. avant. Mais sont aussi présents certains membres éminents d’autres communautés fays, dont ceux vivant et agissant à New York.

Il est également possible que le lecteur averti trouve des traces d’autres pans de la Trame, au premier chef Vertigen, mais pas seulement 😉 (notez que je donne mes meilleurs efforts à ne pas trop spoiler !).

Qui est le chien que l’on voit sur la couverture ? (question posée directement par un lecteur) :: Vous l’avez déjà vu(e) très brièvement dans Musiques. C’est Sara, la malinoise d’Anis (et elle aussi a un message à faire passer).

Et le roman est sous-titré “premiers carnets de route d’Anis W.”… Est-ce qu’il y aura d’autres “carnets”, donc ? Oui, très probablement. Le n° 2 est déjà en cours d’écriture, bien que je ne sache à cette heure si cet opus 2 prendra la forme d’un roman ou d’une novella.

La majorité des “textes suivants” sur Frontier seront des novellas ou des romans. Je constate que la forme courte me satisfait de moins en moins. Cela ne m’étonne guère. Je suis venue à la nouvelle très tard, et quasi-uniquement parce que je n’avais pas le temps d’écrire des romans, et que je souhaitais faire des expériences sur les modes de narration. La nouvelle se prête merveilleusement aux ambiances évanescentes, au mystère, au non-dit. Ce sont là des formes que je pratique de moins en moins. Lorsque je le fais à présent, elles sont longues, atteignant assez rapidement le statut de novelette ou novella. La Muse commande, j’obéis !

J’ai encore fait ce constat lors du travail (à présent terminé) sur le duo Sacra. L’ensemble ne comporte pas moins de 4 novellas, dont une est même, selon les nomenclatures en vigueur, un roman de taille modeste plutôt qu’une novella.

Sacra a confirmé amplement ce principe de “la vérité / la lumière est dans les êtres, et non les principes généraux ou les situations.

On en reparle immédiatement car… (damned !) j’avais oublié avoir rédigé ce draft, et ne le (re)découvre qu’au moment d’annoncer, bien tardivement, la sortie du premier volume de Sacra (fin février) et la paution imminente du suivant.

La vie est désopilante ! (ou alors… je travaille trop ?)

Vale !

LS/.

Advertisements

One response to “POSSESSION POINT (tango)

  1. “Mais au fond, sous tous ces voiles, on sait très bien que la véritable lumière, tout comme la véritable noirceur, provient des êtres.”
    Un heartfelt aw yeah à ça ❤

    Et un sourire non moins de cœur pour ce détour vers Possession Point, tandis que je lounge au seuil de Gold comme on embrasse du regard l'océan avant de se laisser prendre par la vague…

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s