Calamus/ The Velor of Sangre & la valeur du sang… maybe

Juillet 2013…

Angry / frantic / deprived / in need / crawling to the pen / …

Tandis que j’arpente les territoires arides du champ de bataille… Inlassablement crient vers moi les grands Oiseaux Tempêtes d’Isla Arma…

Sans cesse j’entends les chants des fondeurs au travail dans les fabriques.

De 6 heures du matin à la nuit tombante, jusqu’à ce que les ferries ramènent les ouvriers vers Este, j’entends le chant des isenniens près des fourneaux…

dans la baie, les mats des nefs Velor se balancent, impatientes de prendre la mer… De cingler vers l’Orient, de tracer sous les voiles rouges, vers Acre, Constantinople, Chypre et la Sicile, tandis que les capitaines inscrivent, sur le pur velin des moulins d’Isla Tinctora, à l’encre indigo, la liste des escales.

¦ Parler d’Isenne, c’est toujours parler de la mer.

Parler de la Mer, c’est toujours revenir vers moi-même. ¦

Au Nord Est brûlent les hauts fourneaux de Fornaria, par-delà les bras tendus de la Mer Intérieure, vers l’Ouest, (si près) les marteaux de Manta répondent. Les Lances à Tonnerre crépitent dans les vents tournoyants.

Dans la baie, toujours, les mats des nefs Velor se balancent…

Attendant la marée, et le feu vert du port. Qu’un cavalier vêtu de lie-de-vin ou de vert sombre viennent en toute hâte de la Capitainerie, porteur d’un pli encadré du bleu de mer. Pour que roulent les épaules, que remontent les ancres, que les hommes de quart saluent les officiers qui remontent du carré, en repassant leurs vestes, un sourire aux biseaux aux lèvres.

Pas d’au-revoir, de congé, d’embrassades. Pas de fanfares pour les Artisans de Mer. Juste le vent, juste la voile. Les tambours qui résonnent depuis le Castello Velor. Juste les rubans colorés brandis par les filles aux fenêtres des fabriques, et le salut tonitruant du personnel de quai.

Ad Mare ! Ad Mare !

La voix du peuple. Mille voix humaines, et le claquement des grand-voiles qui se tendent, rouges d’incendie sur le vert incomparable des eaux.

Le son brutal, fluide pourtant, des verrous de mer qui s’ouvrent, là-bas, à Sabbia et Altramare… Les colosses de la garde qui écartent leurs gigantesques flambeaux.

A tribord, Isla Oblivia, drapée dans les ombres poudreuses du matin, exhale le remous asynchrone de ses marées.

Depuis la haute terrasse du Palazzo Astaro, Flammer le jeune défait son col et crie vers les vagues, sans un son.

A bâbord, sur les quais d’Este, les conducteurs de barges sifflent, et tracent sur leurs poitrines les lettres conjuratoires. A. M. D’un trait, avant de se baiser le bout des doigts. C’est bonne chance, toujours, de bénir ceux qui prennent la mer.

Et ils sourient, sur le pont, ceux qui ont renoncé la Veste Noire des Artisans, et l’appel brûlant des fournaises verrières, pour le bleu de la mer, et l’indigo Velor.

Ils regardent vers Isenne, car c’est la tradition, toujours, pour un Artisan, de ne se tourner que vers Elle jusqu’à ce qu’elle ait disparu. Jusqu’à ce que les eaux lagunaires relâchent les navires, sur la Haute Mer.

Comme Isenne me manque, et le vent, et la mer.

Et le tracé des îles, et le chant des fondeurs.

Et les yeux de Flammer, et le rire de Payne. Et le son de la plume d’Argio le Magnifique, sous les arches du Palais blanc.

Les réunions de la Kitchen, dont j’ai manqué 8 séances, tandis que je défendais d’autres terres, sous d’autres oriflammes.

Les feux sourds du Palais des Damiers. Les encens Fraggera brûlant dans les lampes. Même les jeux de pouvoir des sévères Mantaros me manquent.

Ils attendent…

M’attendent…

Immobiles là où je les ai abandonnés.

Immobiles… comme les Titans de bronze et de verre du cartel de Flammer. Alum Maduro, levant les yeux vers une fenêtre aveugle. Payne Oscuro embrassant son amant sous un ciel libre et clair. Le sombre Candela torturant son violon pour crier une longue rancune qui se rejoue sans cesse. Sanker rédigeant un réquisitoire, sa plume de verre griffant le parchemin… Tous… tous… Mes immobiles… comme leur absence me frappe de languir.

Quelle absurdité, de tenir les écrivains loin de leurs calames, pour apaiser la fringale mercantile de barbons engorgés, et la fringale coupable de lecteurs infidèles.

Si nous créons des masques, des cités et des mondes, c’est pour trouver au moins quelque part, la cohérence qui a déserté l’univers du concret. Si nous les créons, c’est qu’ils nous manquent, et que nous avons besoin d’eux. Ils ne viennent aux “autres”, ensuite, que par accident. Quel abominable transmutation, alors, que de faire de cet accident un meurtre avec préméditation…

Août 2013

Presque deux mois loin du “front” ReLIRE (si ce n’est de profil, de loin). A bercer un deuil, et quelques unes de ces “conséquences accessoires” que toute lutte recèle…

Deux mois, dont un à Isenne.

Un mois… c’est déjà ça.

Un volume et demie de plus. 6 ou 7 cartes, 3 ou 4 plans. Bientôt temps de dégainer les aquarelles, pour remplacer le métal des encres. Tombé la moitié du Vème volume en 3 jours. Mal à la main à en *hurler*. “The National” en boucle dans mon Itunes (pourquoi ?) – Un peu (beaucoup, passionnément) de Patrick Doyle, Craig Armstrong et Woodkid. Envie (dantesque) de revoir Senso. 150 stylos, crayons, gel pens, fountain pens, pinceaux et plumes de verres impliqués.

Mais… Hâte d’y retourner ! (tant et tant…)

Trancher entre les priorités, les urgences du coeur et celles des calendriers… Ah…(soupir).

Laisser le vol. V en chantier, pour aller donner un dernier coup de collier à “l’affaire ReLIRE” ? Ou pas ? Mon abnégation n’est pas à toute épreuve, et ce n’est certes pas là ma nature première.

Encore un peu… encore quelques reflets, quelques chants, quelques encablures… Encore un peu d’Isenne.

Le blanc de la page, avant qu’on la tache, est le seul espace épargné par la noirceur rampante de l’Univers.

Encore un peu d’Isenne, alors, dear gods.

Que le bûcher où je brûlerai mes “à ne jamais faire paraître ici, merci” soit assez haut pour que cela vaille d’y grimper.

Shunt/

CURRENT:

Au travail sur : Séquence d’Isenne – Vol V – A mano sur Paperblanks “Mozaïque parisienne / Grande”

Next to-do : Carte de Braena, décryptages de tarots C. (suite et presque fin) ;

Février 2014

Idem. Même lieu, mêmes choix difficiles.

Au travail sur : Séquence d’Isenne – Vol VI – A mano sur Paperblanks “Old Leather / Grande”

Next to-do : Carte de Menora, “public adress” de Flammer Astaro à la Haute Académie des Arts (suite et fin)

Dans moins d’un mois : ReLIRE, *épisode II*. La nausée.

Nous sommes, nous auteurs, de frêles esquifs sur des vagues scélérates. Sur une mer montée et démontée selon les caprices réfrigérés de boucher-charcutiers. On a fait de nous de la viande. Si la came vient à manquer, blâmez les équarrisseurs, pas les navigateurs. Nous voulions être vos nautoniers et vos passeurs de feu, pas vos dealers.

// shunt // …

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2 responses to “Calamus/ The Velor of Sangre & la valeur du sang… maybe

  1. “Nous voulions être vos nautoniers et vos passeurs de feu, pas vos dealers.”
    Amen.
    Ad libitum — à pleins poumons, plexus sonore, et coeur pulsant — AMEN à *ça*.

    Et mort aux abattoirs. Que les eaux montent comme montèrent nausée et colère, que soient rasés, rayés sans rémission, ces abominations d’édifices de Chiffres et d’Injustice.

    Ce matin, depuis les barricades… je relâche le souffle que je retenais dans l’attente du verdict d’une bataille contre les barbons et les bureaucrates, les avides et les mal avisés…
    Je relâche le souffle, le temps d’un salut, inspire les embruns dont toute brise porte la mémoire.
    Je me souviens, dans les embruns… de la course du vent du Sud dans les rues d’une cité où pour la première fois j’entrais en visiteuse. Où l’encre d’une page jusqu’alors inconnue révéla ses couleurs de merveille.

    Un salut de terre, donc – cette terre où depuis un an quasiment je ne lis plus guère, ne dors plus, arc-boutée en Sisyphe contre la noirceur rampante du monde —
    Aux Artisans aimés, aux marins de coeur… et à toi, m’lady. Aux vents quand ils soufflent dans la bonne direction, la *juste*, et te ramènent vers la tienne Isenne.

    Ad Mare ! Ad Mare ! (*parole de vivant*, souffle le Poète)

    (((Il faudrait pour cette entrée de journal de bord un bouton ‘read with feeling’. Je ne peux PAS liker l’effet des crimes de la machine ReLIRE, ni la violence de l’exil… mais, ah, que grâce soit rendue mille fois à la magie des noms, et l’appel puissant d’Isenne… A bow, with sorrow & wonder.)))

  2. Pingback: ReLIRE : la suite | Les histoires de Lullaby

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